Cover of Clair de lune

Clair de lune in French, with English translation

Guy de Maupassant · 1884 · ~24,500 words · level B2 · in English: Moonlight

Three stories from Maupassant’s collection: “Clair de lune”, in which a priest who distrusts women sets out to catch his niece with her lover, “Conte de Noël” and “Mademoiselle Cocotte”.

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The opening, as you read it in Lexico

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Il portait bien son nom de bataille, l'abbé Marignan. C'était un grand prêtre maigre, fanatique, d'âme toujours exaltée, mais droite. Toutes ses croyances étaient fixes, sans jamais d'oscillations. Il s'imaginait sincèrement connaître son Dieu, pénétrer ses desseins, ses volontés, ses intentions.

Quand il se promenait à grands pas dans l'allée de son petit presbytère de campagne, quelquefois une interrogation se dressait dans son esprit: «Pourquoi Dieu a-t-il fait cela?» Et il cherchait obstinément, prenant en sa pensée la place de Dieu, et il trouvait presque toujours. Ce n'est pas lui qui eût murmuré dans un élan de pieuse humilité: «Seigneur, vos desseins sont impénétrables!» ICI se disait: «Je suis le serviteur de Dieu, je dois connaître ses raisons d'agir, et les deviner si je ne les connais pas.»

Tout lui paraissait créé dans la nature avec une logique absolue et admirable. Les «Pourquoi» et les «Parce que» se balançaient toujours. Les aurores étaient faites pour rendre joyeux les réveils, les jours pour mûrir les moissons, les pluies pour les arroser, les soirs pour préparer au sommeil et les nuits sombres pour dormir.

Les quatre saisons correspondaient parfaitement à tous les besoins de l'agriculture; et jamais le soupçon n'aurait pu venir au prêtre que la nature n'a point d'intentions et que tout ce qui vit s'est plié, au contraire, aux dures nécessités des époques, des climats et de la matière.

Mais il haïssait la femme, il la haïssait inconsciemment, et la méprisait par instinct. Il répétait souvent la parole du Christ: «Femme, qu'y a-t-il de commun entre vous et moi?» et il ajoutait: «On disait que Dieu lui-même se sentait mécontent de cette oeuvre-là.» La femme était bien pour lui l'enfant douze fois impure dont parle le poète. Elle était le tentateur qui avait entraîné le premier homme et qui continuait toujours son oeuvre de damnation, l'être faible, dangereux, mystérieusement troublant. Et plus encore que leur corps de perdition, il haïssait leur âme aimante.

Souvent il avait senti leur tendresse attachée à lui et, bien qu'il se sût inattaquable, il s'exaspérait de ce besoin d'aimer qui frémissait toujours en elles.

Dieu, à son avis, n'avait créé la femme que pour tenter l'homme et l'éprouver. Il ne fallait approcher d'elle qu'avec des précautions défensives, et les craintes qu'on a des pièges. Elle était, en effet, toute pareille à un piège avec ses bras tendus et ses lèvres ouvertes vers l'homme.

Il n'avait d'indulgence que pour les religieuses que leur voeu rendait inoffensives; mais il les traitait durement quand même, parce qu'il la sentait toujours vivante au fond de leur coeur enchaîné, de leur coeur humilié, cette éternelle tendresse qui venait encore à lui, bien qu'il fût un prêtre.

Il la sentait dans leurs regards plus mouillés de piété que les regards des moines, dans leurs extases où leur sexe se mêlait, dans leurs élans d'amour vers le Christ, qui l'indignaient parce que c'était de l'amour de femme, de l'amour charnel; il la sentait, cette tendresse maudite, dans leur docilité même, dans la douceur de leur voix en lui parlant, dans leurs yeux baissés, et dans leurs larmes résignées quand il les reprenait avec rudesse.

Et il secouait sa soutane en sortant des portes du couvent, et il s'en allait en allongeant les jambes comme s'il avait fui devant un danger.

Il avait une nièce qui vivait avec sa mère dans une petite maison voisine. Il s'acharnait à en faire une soeur de charité.

Elle était jolie, écervelée et moqueuse. Quand l'abbé sermonnait, elle riait; et quand il se fâchait contre elle, elle l'embrassait avec véhémence, le serrant contre son coeur, tandis qu'il cherchait involontairement à se dégager de cette étreinte qui lui faisait goûter cependant une joie douce, éveillant au fond de lui cette sensation de paternité qui sommeille en tout homme.

Souvent il lui parlait de Dieu, de son Dieu, en marchant à côté d'elle par les chemins des champs. Elle ne l'écoutait guère et regardait le ciel, les herbes, les fleurs, avec un bonheur de vivre qui se voyait dans ses yeux. Quelquefois elle s'élançait pour attraper une bête volante, et s'écriait en la rapportant: «Regarde, mon oncle, comme elle est jolie; j'ai envie de l'embrasser.» Et ce besoin «d'embrasser des mouches» ou des grains de lilas inquiétait, irritait, soulevait le prêtre, qui retrouvait encore là cette indéracinable tendresse qui germe toujours au coeur des femmes.

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Words from this passage

20 words from the opening worth knowing for the rest of the book, with the meaning they have here.

FrenchEnglish
la bataillebattle
l’abbéabbot, the head of an abbey (here: father (priest))
maigremeagre, skinny
fanatiquefanatic, fanatical
exalterto elate, thrill
droitright, straight
la croyancebelief
fixefixed
imaginerto imagine
le desseinintention (here: plans)
la volontéwill
promenerto walk, to go for a walk
l’alléepath, lane
le presbytèrepresbytery, rectory
la campagnecountry, countryside
l’interrogationquestioning, interrogation
dresserto raise, to erect
la penséethought
l’élanburst/impulse
impénétrableimpenetrable

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